Cette histoire n’est pas tout à fait une nouveauté, mais un récit méconnu en trois épisodes, publié par DC Comics il y a 15 ans et resté inédit en langue française. Mignola est ici assisté au scénario par Richard Pace et Dan Raspler, et ne dessine que les (magnifiques) couvertures des trois épisodes, le crayon étant tenu par Troy Nixey.

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Comme l’écrit Alex Nikolavitch dans l’introduction, Batman est une auberge espagnole dans laquelle chaque auteur amène son bagage. Et ici, on retrouve clairement les obsessions pour les monstres de Mignola, qui introduit l’univers de l’écrivain Howard Phillips Lovecraft à Gotham City. Les références à ce célèbre auteur fantastique sont nombreuses, et transposées à l’univers de Batman pour un cross-over insolite. Voir par exemple ce « livre qui n’existe pas » (le célèbre Necronomicon chez Lovecraft, devenu le testament de Ra’s Al Ghul dans l’histoire de Batman), ou les monstres venus des abysses, créatures à tentacules, et autres dieux « venus des espaces vides entre les mondes » emblématiques de l’œuvre de Lovecraft. Cette histoire évidemment déconnectée de l’univers traditionnel de Batman est ainsi portée par une dimension plus fantastique qu’à l’accoutumée. “La chose s’en vient” est le mantra de cette histoire qui se déroule dans les années 1920. La phrase est prononcée par plusieurs personnages, et annonce un combat final dantesque entre Batman et un démon surgi des entrailles de la terre.

Car le Batman de Frank Mignola n’affronte pas des super-vilains costumés (même si certains passent dans l’ouvrage en figurants, et sans leurs costumes) mais de véritables monstres venus des enfers, annoncés par une invasion de reptiles. Surprenant...  La force du scénario de Mignola est d’utiliser les mondes imaginaires de Lovecraft comme autant d’arguments venant expliquer l’univers gothique du Batman de Bob Kane : une malédiction explique ainsi les mutations d’Harvey Dent, l’Oracle Barbara Gordon est en fait une spirite connectée aux monstres des profondeurs, et toute l’histoire de Gotham City repose sur une damnation originelle, qui explique aussi la mort des parents de Bruce. Le démon Iog-Sotha imaginé par Mignola pour cette histoire est évidemment calqué sur le Yog Sothoth de Lovecraft. Quant à Batman, et bien… nous ne dévoilerons pas la surprise qu’offre la fin de cette histoire, mais elle mérite d’être lue tant l’idée est géniale.

Grosse cerise sur le gâteau : une histoire bonus de Batman est proposée à la fin, avec cette fois Mignola non seulement au scénario mais aussi au dessin, qui est superbe. Il s’agit encore d’une histoire de monstre, mais cette fois moins inspirée par Lovecraft que par Bram Stoker, le créateur de Dracula. Encore une réussite qui nous amène à vous recommander chaudement cet album !